Résumé rapide
- Les ports sont de plus en plus limités par la disponibilité en énergie, ce qui fait de la planification énergétique un élément essentiel de leur croissance future.
- Avec l'électrification, la capacité portuaire ne se résume plus uniquement aux terrains, aux postes d'amarrage et aux infrastructures logistiques : elle dépend désormais également de la disponibilité des sources d'alimentation électrique.
- L'alimentation électrique doit être planifiée en fonction des zones du parc d'activités où elle peut générer la plus grande valeur commerciale, telles que l'alimentation à quai, la chaîne du froid, la recharge des poids lourds et les pôles industriels.
- Une stratégie énergétique dynamique permet aux ports de concilier la demande future, les opportunités commerciales et les investissements dans les infrastructures.
- Les responsables portuaires devraient évaluer les besoins futurs en énergie, modéliser différents scénarios de croissance et établir une feuille de route d'investissement par étapes.
- Les ports qui planifient leur approvisionnement énergétique dès le début seront plus agiles, plus compétitifs et mieux à même de transformer les opportunités de croissance en résultats commerciaux.
Les ports savent déjà que la question de l'énergie est cruciale
C'était là l'argument avancé dans le premier article de cette série : à mesure que les ports s'électrifient, la puissance devient un nouveau critère de mesure de la capacité.
La question suivante est d'ordre plus pratique.
Si l’alimentation électrique fait désormais partie intégrante de la capacité portuaire, où créera-t-elle le plus de valeur – et que se passera-t-il si elle n’est pas prête à temps ? Cette question devient de plus en plus urgente. Une étude de la British Ports Association (BPA) indique que de nombreux ports britanniques sont déjà limités par la capacité d’alimentation disponible. L’appel à contributions du gouvernement britannique intitulé « Net Zero Ports » cite d’ailleurs la position de la BPA selon laquelle sept des dix plus grands ports d’Angleterre et du Pays de Galles fonctionnent à la limite ou presque de leur capacité de raccordement au réseau électrique actuelle.
Parallèlement, la demande future ne cesse de croître. L’alimentation à quai, la manutention électrique des marchandises, la chaîne du froid, la recharge des poids lourds, les entrepôts automatisés, les corridors verts et les pôles industriels dépendent tous de la disponibilité de l’électricité au bon endroit, au bon moment et à la bonne échelle.
Il ne s'agit pas seulement d'un enjeu de décarbonisation, mais aussi d'un enjeu de croissance.
Lorsque l'électricité tarde à arriver, la croissance ralentit
Les ports ont toujours associé la croissance à des actifs matériels : quais, terrains, entrepôts, grues, liaisons routières et ferroviaires, postes d'amarrage et demande des locataires.
Ces atouts restent importants. Mais l'électrification modifie ce qu'ils permettent de prendre en charge.
- Un poste d'amarrage équipé d'une alimentation électrique à quai ne constitue pas le même atout commercial qu'un poste d'amarrage qui n'en dispose pas.
- Un site logistique doté d'une capacité de recharge peut répondre aux besoins de clients différents de ceux d'un site qui se contente d'offrir de l'espace.
- Une installation de chaîne du froid, un entrepôt automatisé ou un pôle industriel propre ne peuvent se développer que si le réseau électrique qui les alimente est prêt.
C'est là que réside le risque commercial. Un port peut disposer des terrains, de la clientèle et de l'ambition stratégique nécessaires, mais se retrouver malgré tout freiné par le fait que la mise en place des infrastructures énergétiques prend plus de temps que ne dure l'opportunité qui se présente.
C'est ainsi que le fossé se creuse. Il ne s'agit pas d'un manque d'ambition, car la plupart des ports en ont à revendre. Le fossé se situe entre la croissance commerciale et la capacité d'approvisionnement en électricité.
Si ce décalage n'est pas identifié et géré à temps, il s'aggrave et les ports perdent en agilité. Ils mettent alors plus de temps à répondre aux nouvelles demandes, à soutenir l'innovation et à valoriser les terrains à des fins plus rentables.
La puissance au mètre carré devient un outil d'aménagement
C'est là que la notion de puissance par mètre carré prend tout son sens. Non pas comme un critère de comparaison simpliste entre les ports. En effet, un terminal de vrac, un terminal à conteneurs, un site de la chaîne du froid, un poste d'amarrage pour navires de croisière et un parc logistique auront tous des besoins en puissance différents.
Mais en tant qu'outil d'analyse, il soulève une question pertinente :
Cette partie du patrimoine a-t-elle le potentiel nécessaire pour générer la valeur que nous souhaitons ?
C'est une façon plus pertinente d'envisager la capacité portuaire.
La question n'est pas de savoir si chaque mètre carré a besoin de plus d'énergie. Ce n'est pas le cas.
La question est de savoir si les différentes parties du domaine disposent d'une capacité suffisante pour soutenir le futur plan de développement du port.
Pour un port, cela peut se traduire par une alimentation électrique à quai sur certains postes d'amarrage. Pour un autre, cela peut signifier la mise en place d'équipements de manutention électriques dans un parc de stockage, des bornes de recharge pour poids lourds à proximité d'un portail, des capacités de chaîne du froid dans une zone logistique, ou encore un pôle industriel alimenté en électricité situé juste à l'extérieur du périmètre portuaire.
L'enjeu ne se résume pas à une simple question de puissance.
C'est là qu'elle est source de puissance, là où elle offre davantage de choix commerciaux, de valeur et de rentabilité.
Que devraient donc faire les responsables portuaires ?
Les ports ont besoin d'une stratégie énergétique dynamique qui concilie ambitions de croissance, demande future et mise en place des infrastructures.
Cela implique de réaliser trois activités pratiques.
1. Créer une carte thermique de la demande en électricité
La première étape consiste à identifier les zones où la demande future en électricité est susceptible de se manifester.
Cela permet d'appliquer le concept de puissance par mètre carré à l'échelle du domaine.
Quels postes d'amarrage pourraient nécessiter une alimentation électrique à quai ? Quels chantiers pourraient avoir besoin d'équipements de manutention électriques ? Quelles parties du complexe pourraient accueillir une chaîne du froid, un entrepôt automatisé ou des bornes de recharge pour poids lourds ? Quels sites logistiques ou industriels situés à proximité pourraient s'inscrire dans le plan de développement global du port ?
Une carte thermique de la demande en énergie met en évidence les points de convergence entre l'intensité énergétique, l'occupation des sols et la valeur future.
Cela aide les responsables portuaires à identifier les endroits où l'électricité pourrait accroître la valeur des terrains – et ceux où son absence pourrait limiter le potentiel de ces terrains.
Cela permet également d'assurer une meilleure cohérence dans les discussions. Les équipes chargées des activités commerciales, de l'immobilier, des opérations, de l'énergie et des finances peuvent ainsi s'appuyer sur une vision commune des secteurs où la demande future pourrait émerger.
2. Établir des prévisions de charge selon différents scénarios de croissance
Le chargement d'aujourd'hui n'est qu'une partie de l'histoire.
Les ports doivent simuler ce qui se passerait si le plan de croissance aboutissait.
Que se passerait-il si un locataire de la chaîne du froid s'installait ? Si la demande en alimentation à quai augmentait sur plusieurs postes d'amarrage ? Si la recharge électrique des poids lourds progressait plus vite que prévu ? Si les équipements de manutention des marchandises d'un terminal étaient électrifiés ? Si un pôle industriel se développait à proximité ?
Ces scénarios transforment les ambitions commerciales en prévisions de puissance.
C'est important car la demande future est incertaine, mais les infrastructures énergétiques nécessitent souvent de longs délais de mise en œuvre. Les ports n'ont pas besoin d'une certitude absolue avant d'agir. Ils ont toutefois besoin d'une visibilité suffisante pour ne pas être pris au dépourvu par leur propre croissance.
Une bonne prévision de la charge permet de visualiser l'évolution de la demande avant qu'elle ne se concrétise.
3. Élaborer une feuille de route par étapes pour les investissements dans le secteur de l'énergie
Une fois que les perspectives en matière de demande seront plus claires, les ports pourront déterminer quelles marchandises doivent être acheminées en priorité.
Certaines mesures peuvent nécessiter la modernisation du réseau électrique. D’autres peuvent concerner les postes de transformation, les réseaux privés, les micro-réseaux, la production sur site, le stockage par batterie, les infrastructures de recharge ou une gestion plus intelligente de la charge.
L'important, ce n'est pas de tout construire d'un seul coup.
Il s'agit de déterminer quels investissements favorisent la croissance, lesquels préservent les perspectives d'avenir et lesquels nécessitent les délais de mise en œuvre les plus longs.
C'est ainsi que les ports évitent de se développer de manière excessive trop tôt, tout en veillant à ce que la capacité ne soit pas la cause d'un ralentissement de la croissance par la suite.
Que se passe-t-il si les ports ne font rien ?
Le risque est d'ordre pratique.
- Un poste d'amarrage modernisé peut être physiquement prêt, mais ne pas être en mesure de fournir une alimentation électrique à quai.
- Une entreprise spécialisée dans la chaîne du froid ou la logistique pourrait opter pour un autre site offrant une plus grande sécurité d'approvisionnement en électricité.
- La mise en place d'une station de recharge pour poids lourds pourrait être retardée en raison d'un manque de capacité au niveau local.
- Un pôle industriel lié à un port peut se développer plus lentement si la planification énergétique est lancée trop tard.
Il ne s'agit pas seulement de problèmes d'infrastructures. Ce sont des occasions manquées de croissance.
L'énergie fait désormais partie des facteurs de compétitivité des ports.
Combler cet écart permet de gagner en agilité
Les ports qui comblent l'écart entre la croissance commerciale et la capacité d'approvisionnement en électricité disposeront d'une plus grande marge de manœuvre.
Ils peuvent répondre plus rapidement aux clients. Ils peuvent tester de nouvelles utilisations des terrains. Ils peuvent apporter leur soutien aux locataires plus tôt. Ils peuvent planifier leurs investissements avec davantage d'assurance. Ils peuvent se laisser davantage d'options stratégiques.
Le prochain projet d'extension du port pourrait encore faire appel au béton. Ce sera d'ailleurs souvent le cas.
Mais la prochaine phase de croissance dépendra également de l'énergie : où elle est disponible, comment elle est gérée et si sa planification tient compte du rôle futur du domaine.
La question n'est plus simplement :
Aurons-nous suffisamment d'énergie ?
C'est :
Notre planification énergétique tient-elle compte de la croissance que nous souhaitons stimuler ?
En savoir plus
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Nous modélisons la charge future, évaluons les options énergétiques au niveau du réseau et sur site, concevons des solutions de recharge et de micro-réseaux, et élaborons des feuilles de route d'investissement par étapes qui favorisent la croissance commerciale.
Notre collaboration avec Manchester Airports Group montre comment cette approche peut être mise en œuvre dans des environnements d'infrastructure de grande envergure, en production et multi-sites.
Pour les ports, le même principe s'applique : il faut comprendre où l'offre créera de la valeur avant même que la demande ne se manifeste.
N'hésitez pas à nous contacter par e-mail à l'adresse ask@vev.com
1er juillet 2026