Résumé rapide
- L'électrification des flottes ne se limite plus au coût des véhicules, mais constitue désormais un défi systémique plus large qui englobe les infrastructures, l'énergie, les politiques, le financement et l'exploitation.
- Les infrastructures – en particulier la recharge dans les dépôts et la capacité du réseau – restent le principal obstacle à l'accélération de l'électrification.
- Le coût total de possession reste un facteur important, mais uniquement lorsqu'il tient compte des conditions d'exploitation réelles, de la stratégie énergétique et de la planification à long terme.
- Les données et les informations opérationnelles sont essentielles : elles aident les flottes à déterminer où l'électrification est déjà efficace et permettent une adoption progressive et concrète.
- La sécurité politique et la collaboration intersectorielle sont essentielles pour mobiliser des investissements à long terme et soutenir la transition à grande échelle.
La semaine dernière, VEV a participé à l'événement « Optimal Charging : Fleet Electrification » à Londres. Notre PDG, Mike Nakrani, est intervenu lors de la table ronde intitulée « The New Economics of Fleet Electrification », aux côtés de Michelle Gardner, directrice adjointe chargée des politiques chez Logistics UK, de Chris Welch, directeur général du Welch Group, et d'Olly Craughan, responsable du développement durable chez DPD UK. Ce panel très instructif a abordé de nombreux aspects du secteur et soulevé des questions qui méritent des réponses. Mais surtout, la discussion a clairement montré que l'électrification des flottes ne se limite plus au véhicule lui-même. Le véritable défi – et la véritable opportunité – réside dans l'écosystème plus large qui l'entoure : infrastructures, énergie, certitude politique, financement et stratégie opérationnelle. Depuis des années, le débat sur l’électrification des flottes s’articule autour d’une seule question : quand le coût des véhicules baissera-t-il suffisamment pour que le projet soit rentable ?
Cette question reste d'actualité. Mais elle ne reflète plus toute la réalité.
Dans l'ensemble du secteur des véhicules utilitaires, le débat gagne en maturité, en pragmatisme et en orientation opérationnelle. Les enjeux économiques de l'électrification ne se limitent plus à une simple comparaison entre le prix d'achat d'un véhicule électrique et celui de son équivalent diesel. Ils portent désormais sur les infrastructures, l'énergie, les modèles d'exploitation, le financement, les horizons de planification et la capacité à adapter les flottes aux cas d'utilisation concrets. En bref, le secteur dépasse le stade de la simple comparaison entre véhicules pour s'orienter vers une compréhension plus large de ce qu'il faut réellement pour que l'électrification fonctionne à grande échelle.
Les infrastructures restent le principal obstacle
Un thème revient sans cesse : les infrastructures restent un facteur déterminant.
Pour la plupart des exploitants, en particulier ceux qui gèrent de gros véhicules utilitaires, la recharge en dépôt reste la solution privilégiée. Cela est tout à fait compréhensible. Les exploitants de flottes veulent garder le contrôle. Ils ont besoin d’être assurés que les véhicules seront rechargés au moment voulu, disponibles quand cela sera nécessaire, et intégrés dans des plannings opérationnels qu’ils gèrent déjà de manière rigoureuse. Mais cette préférence pose un défi de taille. Si la transition repose sur la recharge en dépôt, l’électrification devient alors autant un problème de réseau et d’infrastructure qu’un problème lié aux véhicules.
Les opérateurs ne se contentent pas de demander s'ils peuvent installer des bornes de recharge. Ils se demandent :
- Peuvent-ils disposer d'une alimentation électrique suffisante au dépôt ?
- Combien de temps durera la modernisation du réseau ?
- Combien coûtera la connexion ?
- Vont-ils devoir payer pour une capacité qu'ils ne peuvent pas encore utiliser ?
- Est-ce qu'ils en consomment trop et dépassent leur limite ?
- Comment échelonnent-ils leurs investissements au fur et à mesure que la flotte évolue ?
Ce ne sont pas là des questions secondaires. Dans de nombreux cas, ce sont ces questions qui déterminent si l'électrification va réellement de l'avant.
Le coût total de possession est très important, mais il faut considérer la situation dans son ensemble
Le coût total de possession reste le critère déterminant dans de nombreuses décisions relatives aux flottes. Mais les modèles de coût total de possession sont souvent trop simplistes. Une comparaison sur tableur entre le diesel et l'électrique peut servir de point de départ, mais elle ne reflète pas toute la réalité opérationnelle. La rentabilité de l'électrification dépend de l'utilisation des véhicules, de leur charge utile, de leur durée de vie, de leur mode de financement, de la gestion de la recharge et du coût réel de l'électricité dans la pratique. Pour certaines flottes, la plus grande erreur consiste à considérer un véhicule électrique comme un simple remplacement direct dans un modèle d'exploitation inchangé, hérité de l'ère du diesel.
Ça marche rarement.
L'électrification nécessite une approche différente pour :
- durée de vie des actifs
- dépréciation
- hypothèses de maintenance
- achat d'énergie
- fenêtres de recharge
- planification d'itinéraire
- utilisation des véhicules
Un véhicule conservé pendant trois ans dans le cadre d'un cycle de renouvellement classique peut sembler difficile à justifier. Ce même bien, conservé beaucoup plus longtemps, financé différemment et exploité de manière plus efficace, peut présenter un tout autre visage sur le plan économique.
C'est pourquoi les vraies questions sont les suivantes : le coût total de possession s'applique-t-il aux véhicules électriques ? Dans quelles conditions cela fonctionne-t-il ? Et dans quelle mesure ces conditions sont-elles bien gérées ?
L'énergie est désormais un facteur stratégique, et non plus un simple coût fixe
L'un des changements de mentalité les plus marqués concerne l'énergie elle-même. Historiquement, l'approvisionnement en carburant était une priorité évidente pour les flottes, tandis que l'électricité était souvent considérée comme un simple coût de service en arrière-plan. Cette mentalité évolue rapidement. Pour les flottes électriques, l'énergie est le carburant. Elle est désormais au cœur de la performance commerciale. Et contrairement au diesel, l'électricité est dynamique. Le coût de la recharge dépend de plusieurs facteurs : la structure tarifaire, l'heure d'utilisation, la configuration du site, les frais fixes, les contrats de flexibilité, la vitesse de recharge et le fait que la flotte utilise des infrastructures publiques ou privées. Cela crée à la fois des opportunités et des complexités. D'une part, la recharge intelligente et l'approvisionnement flexible peuvent réduire considérablement les coûts. D'autre part, des contrats énergétiques mal structurés, des infrastructures surdimensionnées ou une recharge de pointe non gérée peuvent rapidement compromettre la rentabilité du projet. C'est pourquoi la réussite de l'électrification est de plus en plus liée à une meilleure intelligence énergétique. Les opérateurs doivent comprendre non seulement la quantité d'électricité qu'ils consomment, mais aussi quand ils l'utilisent, comment ils l'achètent et comment leur comportement de recharge interagit avec les coûts énergétiques globaux.
Les données et les informations opérationnelles deviennent des avantages concurrentiels
Un autre aspect important est que l'électrification récompense la rigueur opérationnelle.
Les flottes qui progressent ne se basent pas sur des hypothèses. Elles examinent attentivement :
- modèles d'itinéraire
- temps d'arrêt des véhicules
- charge utile
- topographie
- kilométrage quotidien
- disponibilité de recharge
- comportement de retour au dépôt
C'est important, car tous les véhicules d'une flotte ne présentent pas le même degré de difficulté à l'électrifier.
Dans de nombreux cas, une part importante de la flotte pourrait passer à l'électrique dès aujourd'hui si les décisions s'appuyaient sur des données d'exploitation réelles plutôt que sur des hypothèses extrêmes. Le problème est que de nombreuses entreprises évaluent encore l'électrification en se basant d'abord sur leurs itinéraires les plus difficiles, au lieu de commencer par les cas d'utilisation les plus susceptibles de réussir. L'année dernière, VEV a mené un essai en conditions réelles pour mettre certaines de ces hypothèses à l'épreuve ! Si vous souhaitez en savoir plus sur nos conclusions, téléchargez le rapport ici. C'est là que les outils numériques, la télématique et les plateformes d'optimisation de la recharge prennent toute leur importance. Ils aident les opérateurs à passer de la théorie à la mise en œuvre pratique, en identifiant les domaines où l'électrification est déjà viable et ceux où elle ne l'est pas encore. Ce type de visibilité est essentiel, en particulier à mesure que les flottes s'agrandissent. Ce qui peut être géré manuellement pour une poignée de véhicules devient beaucoup plus difficile à gérer pour des dizaines ou des centaines de véhicules.
La transition ne se fera pas de manière uniforme – et ce n'est pas grave
L'une des réalités les plus importantes qui se dessinent dans l'ensemble du secteur est que tous les itinéraires, dépôts ou cycles de service ne passeront pas à l'électrique au même rythme.
Certains cas d'utilisation s'y prêtent déjà parfaitement :
- opérations de retour à la base
- itinéraires urbains prévisibles
- kilométrage quotidien réduit
- charges utiles plus légères
- flottes bénéficiant d'un contrôle rigoureux au niveau des dépôts
D'autres restent plus difficiles :
- transport longue distance
- opérations à forte charge utile
- sites où l'accès à l'électricité est limité
- sites confrontés à de longs délais de mise à niveau
Reconnaître cela n'est pas un signe de résistance. C'est un signe de réalisme.
La transition se fera de manière inégale, et les stratégies les plus efficaces seront probablement celles qui s'appliquent par étapes plutôt que celles qui visent un changement radical. L'objectif ne doit pas être d'imposer immédiatement l'électrification dans tous les cas d'utilisation. Il doit plutôt s'agir d'accélérer la mise en œuvre des solutions et des modèles d'exploitation là où cela s'avère déjà pertinent, tout en mettant en place les politiques, les infrastructures et les mécanismes commerciaux nécessaires pour que les segments plus difficiles à convertir puissent suivre.
La sécurité politique reste un enjeu important
Même si de plus en plus d'éléments montrent que certains segments du parc automobile peuvent passer à l'électrique dès aujourd'hui sans attendre que les conditions soient idéales, les politiques publiques continuent de jouer un rôle majeur.
Ce dont les opérateurs ont besoin, ce n'est pas seulement de l'ambition. Ils ont besoin de confiance.
Cela signifie que :
- cadres de financement à long terme
- des feuilles de route plus claires
- une certitude quant aux subventions et aux mesures d'incitation – notamment la certitude que ce soutien se poursuivra, de nouveaux fonds continuant d'être débloqués
- une meilleure coordination entre la planification des infrastructures et les objectifs de transition de la flotte
- un soutien pour les cas d'utilisation les plus difficiles à électrifier, et pas seulement pour les plus faciles
Les programmes à court terme peuvent contribuer à stimuler une transition rapide, mais ils ne favorisent pas toujours la planification des investissements à long terme. La transition d'une flotte s'étale sur plusieurs années, et non sur quelques semaines. Les investissements dans les infrastructures, les cycles d'approvisionnement, les décisions de financement et la stratégie relative aux dépôts nécessitent tous une certaine stabilité.
Sans cette certitude, même les opérateurs les plus disposés à agir pourraient reporter leurs décisions.
La collaboration sera plus importante que jamais
Un autre aspect important est qu'aucune organisation ne pourra à elle seule mener à bien cette transition. L'électrification des flottes touche simultanément de multiples secteurs : la logistique, les transports publics, les collectivités locales, les fournisseurs d'énergie, les opérateurs de recharge, les plateformes logicielles, les partenaires financiers et les décideurs politiques. Cela crée un besoin de collaboration qui relève davantage de la pratique que de la théorie. Le partage des infrastructures, des modèles d'approvisionnement plus intelligents, des pôles de recharge regroupés, l'apprentissage commun et la coordination intersectorielle sont autant d'éléments susceptibles de contribuer à réduire les risques et à améliorer l'utilisation. Le marché n'a pas seulement besoin de meilleurs véhicules. Il a besoin de partenariats plus solides autour des systèmes qui les soutiennent.
En conclusion
La rentabilité de l'électrification des flottes est en train de changer.
Le coût des véhicules reste un facteur important, mais ce n'est plus le seul élément déterminant. De plus en plus, la réussite dépend de la mise en place d'un système global bien conçu : infrastructures, énergie, exploitation, données, financement et politiques.
Cela rend le défi plus complexe. Mais cela met aussi davantage en évidence les opportunités.
Car dès lors que l'électrification n'est plus considérée comme un simple changement de véhicule, mais comme une transformation opérationnelle et énergétique, la voie à suivre devient plus concrète. Commencez par les bons cas d'utilisation. Appuyez-vous sur des données réelles. Considérez l'énergie comme un atout stratégique. Investissez dans une perspective à long terme. Et concentrez-vous sur les échelles où la rentabilité est déjà assurée.
C'est là que se jouera la prochaine étape de l'électrification du parc automobile.
Si vous souhaitez en savoir plus sur VEV, n'hésitez pas à nous contacter.
1er avril 2026